Journée mondiale de la sécurité des patients :
Des soins sûrs pour les personnes atteintes de maladies chroniques
Les personnes atteintes de maladies non transmissibles (MNT) nécessitent souvent des soins continus et de longue durée. Toutefois, dans les contextes humanitaires, les conflits, les déplacements de population et d’autres obstacles peuvent entraver l’accès aux soins de santé. Cette situation complique la prise en charge des maladies chroniques et compromet la sécurité des patients. En 2025, Médecins Sans Frontières (MSF) a réalisé 264 711 consultations médicales pour des patients souffrant d’hypertension et 219 982 consultations pour des patients atteints de diabète à travers le monde.
Qu'est-ce que la sécurité des patients et pourquoi est-elle importante ?
La sécurité des patients repose sur une prestation de soins visant à minimiser les erreurs médicales et à réduire les préjudices évitables. Pour les personnes atteintes de maladies non transmissibles, elle implique également de garantir la continuité, la régularité et la précision des soins, tout en limitant les interruptions de traitement ou de médication susceptibles d’entraîner de graves complications.
Dans les pays où les populations sont confrontées à des crises humanitaires aiguës — telles que les conflits, les déplacements de population et les épidémies —, les patients font souvent face à des difficultés financières ainsi qu’à des problèmes de transport et de sécurité. La faiblesse des infrastructures (notamment les fréquentes coupures d’électricité), une culture sanitaire limitée et un accès restreint aux soins peuvent davantage compromettre leur capacité à poursuivre leur traitement.
« La sécurité des patients est particulièrement importante pour les personnes atteintes de maladies non transmissibles, car ces affections nécessitent des soins réguliers, précis et de longue durée », explique Belal Hussein Mohamed, superviseur de l’équipe infirmière de MSF au Soudan. « Même des interruptions mineures du traitement peuvent entraîner de graves complications. »
Pour les équipes de MSF travaillant dans des contextes difficiles et aux ressources limitées, cela implique d’adapter les soins aux réalités locales tout en plaçant la sécurité des patients au cœur de la prise en charge.
« Nous ne disposons peut-être pas toujours des ressources que nous souhaiterions, mais nous pouvons toujours nous efforcer de rendre les soins que nous dispensons plus sûrs », déclare Sarah Cross, responsable de la mise en œuvre de la qualité des soins chez MSF.
Les défis liés à la sécurité des patients ne se limitent pas à un seul type de contexte. Dans les diverses zones de crise humanitaire où intervient MSF — qu’il s’agisse de situations de conflit, d’épidémies, de catastrophes ou de zones où l’accès aux soins est restreint —, les équipes s’efforcent d’adapter la prise en charge des maladies non transmissibles (MNT) aux réalités auxquelles les patients sont confrontés. Les expériences menées en Égypte et au Liban illustrent la manière dont cet engagement se traduit par des actions concrètes et des solutions adaptées aux besoins et à l’environnement des patients.
La sécurité des patients en pratique : Égypte
Dans une clinique spécialisée pour les enfants atteints de diabète de type 1 au Caire, MSF collabore avec la Fondation caritative Ibrahim A. Badran pour intégrer la sécurité des patients à toutes les étapes de la prise en charge.
Le programme repose sur une approche intégrée articulée autour de quatre axes : la chaîne du froid et le transport, l’autonomisation et l’éducation, la prise en charge globale, ainsi que la sécurité opérationnelle. Cela inclut des mesures pour assurer le transport et le stockage de l’insuline en toute sécurité, tout en sensibilisant les patients et leurs familles à la gestion du diabète de type 1.
Le suivi médical s’accompagne d’un soutien psychosocial, tandis que les mesures de sécurité opérationnelle comprennent l’examen des dossiers médicaux et des prescriptions, la réalisation d’audits réguliers et la mise en place de circuits d’orientation.
Ensemble, ces mesures inscrivent la sécurité des patients au cœur de chaque phase de la prise en charge, de l’éducation à la santé et de l’évaluation médicale jusqu’à l’approvisionnement en insuline et le suivi. Plus de 200 enfants bénéficient de ce programme.
Au Liban, MSF dispense depuis des années des soins pour les maladies chroniques dans la région de Baalbek-Hermel, au bénéfice de l’ensemble de la population, qu’il s’agisse de résidents libanais ou de réfugiés syriens. Parmi les patients fréquentant nos cliniques figure un enfant de sept ans atteint de diabète de type 1 ; son cas a mis en évidence l’impact direct que les conditions de vie au domicile peuvent avoir sur le traitement.
Lors du suivi, l’équipe de MSF a constaté que 70 % des mesures de glycémie de l’enfant, relevées sur une période de deux semaines, dépassaient les niveaux cibles.
L’enfant vivait dans la région de Baalbek-Hermel, dans l’est du Liban, où les températures estivales peuvent dépasser les 40 °C et où les coupures d’électricité ainsi que le manque de ressources compliquent le maintien des médicaments à une température stable.
Un examen plus approfondi a révélé que la famille ne disposait pas de réfrigérateur pour conserver l’insuline, l’exposant ainsi à des températures élevées. L’aspect de l’insuline s’était également modifié, suscitant des inquiétudes quant à son efficacité.
Ce cas met en lumière un aspect fondamental de la sécurité des patients : la sécurité des soins dispensés aux personnes atteintes de maladies chroniques ne se limite pas à ce qu’elles reçoivent dans un établissement de santé ; elle englobe également la capacité de ces personnes à gérer leur traitement en toute sécurité à leur domicile.
L’accès aux médicaments ne constitue qu’un volet d’un traitement sûr ; les patients ont également besoin d’informations et de solutions pratiques leur permettant de gérer leurs soins en toute sécurité chez eux.
En réponse, MSF a introduit des cruches en terre cuite comme solution de stockage alternative pour les patients n’ayant pas accès à un réfrigérateur. Ces cruches reposent sur le principe du refroidissement par évaporation : l’eau s’évapore lentement à travers la paroi poreuse de l’argile, ce qui abaisse la température intérieure sans nécessiter d’électricité ni d’équipement spécialisé. Cette méthode s’appuie sur une pratique domestique courante et bien établie dans la région ; elle est donc comprise et approuvée par les patients et les aidants, ce qui favorise une utilisation régulière et correcte à domicile.
Les directives de MSF concernant le stockage d’urgence de l’insuline recommandent également de la conserver dans un endroit frais, à l’abri de la lumière directe du soleil. Lorsqu’une cruche en terre cuite est disponible, l’insuline peut y être placée pour rester au frais. Elle peut aussi être enveloppée dans un linge pour l’isoler des températures extrêmes. L’insuline ne doit jamais être placée directement dans l’eau ni exposée au gel.
Le dispositif comprenait également des séances d’information pour le personnel et d’éducation pour les patients. Il a été conseillé aux patients de contacter la clinique si leur insuline était exposée à une chaleur excessive ou présentait des altérations anormales ; le suivi incluait par ailleurs la surveillance de la glycémie et la vérification de l’amélioration des conditions de stockage.
Des soins sûrs en toutes circonstances
Les expériences menées en Égypte et au Liban illustrent la manière dont les mesures de sécurité des patients peuvent être adaptées à des contextes variés : de l’intégration de la sécurité à toutes les étapes de la prise en charge du diabète en Égypte à la recherche d’une solution pratique pour la conservation de l’insuline au Liban.
Comme l’explique Haruna Yohanna, superviseur de l’équipe infirmière de MSF pour le noma : « La sécurité des patients n’est pas une responsabilité supplémentaire. C’est le fondement même de soins de qualité. »