Ebola dans l’est de la RDC : une épidémie qui se déploie dans un contexte de conflit, de déplacements de populations et de multiples urgences sanitaires
Depuis que la maladie Ebola a été déclarée en République démocratique du Congo (RDC) le 15 mai 2026, l’épidémie s’est propagée dans une région déjà confrontée à un conflit armé, à des déplacements répétés et à un système de santé débordé.
La chronologie ci-dessous retrace l’évolution de l’épidémie et la réponse de MSF, tout en soulignant comment l’insécurité, les déplacements et autres urgences sanitaires façonnent les efforts visant à contenir Ebola.
15 mai 2020 : Une épidémie d’Ebola est déclarée dans le nord-est de la RDC
Le 15 mai, les autorités sanitaires de la RDC ont officiellement déclaré une épidémie de maladie à virus Ebola, causée par la souche Bundibugyo.
Quelques jours plus tôt, MSF avait reçu des signalements faisant état de décès inhabituels, potentiellement liés à une fièvre hémorragique virale, dans la zone de santé de Mongbwalu, située au nord-ouest de Bunia, dans la province de l’Ituri. Une évaluation menée conjointement avec le ministère de la Santé a révélé que 55 personnes étaient décédées dans cette zone depuis début avril.
Au moment de cette déclaration, les autorités faisaient état de centaines de cas suspects et de plus de 80 décès dans les zones de santé de Mongbwalu, Bunia et Rwampara. Un cas a par ailleurs été confirmé en Ouganda, pays voisin.
MSF a entrepris de préparer une intervention d’envergure, en déployant des équipes spécialisées, du matériel médical et des équipements de protection, tout en renforçant les capacités d’isolement et de prise en charge des patients.
29 mai 2026 : Deux semaines après le début, l’épidémie progresse plus rapidement que la réponse apportée
Au 28 mai, des cas confirmés et suspects avaient été signalés dans l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. En raison du nombre limité de tests et des difficultés d’accès à certaines zones, l’ampleur réelle de la transmission restait incertaine.
MSF a rapidement intensifié ses activités. Un centre de traitement contre Ebola, doté de 65 lits, était en cours de construction dans l’Ituri, tandis que des structures d’isolement temporaires ont été mises en place à Mongbwalu et à Fataki. Les équipes ont également renforcé les capacités de prévention des infections et de prise en charge à Bunia ainsi que dans plusieurs localités du Nord-Kivu.
Toutefois, des centaines d’échantillons étaient en attente d’analyse en laboratoire, et les capacités d’isolement et de traitement demeuraient insuffisantes.
15 juin 2026 : Un mois plus tard, des lacunes importantes subsistent
Un mois après la déclaration, MSF a alerté sur des lacunes majeures en matière de surveillance, de diagnostic, de recherche des contacts et d’engagement auprès des communautés.
Les centres de traitement en Ituri étaient soumis à une forte pression, de nombreux patients n’arrivant qu’une fois gravement malades. Le dépistage est resté particulièrement limité dans les zones touchées par l’insécurité, tandis que des contraintes d’accès ont empêché les équipes d’intervention d’atteindre certaines communautés.
Le conflit modifie la réponse:
L’épidémie d’Ebola se déroule dans une région où un conflit armé perturbe les soins de santé depuis des années. Les combats peuvent rendre des communautés inaccessibles, couper les axes routiers et interrompre les services, séparer les familles des structures de santé et compliquer la recherche des contacts.
L’insécurité peut également ralentir le déplacement du personnel spécialisé, ainsi que l’acheminement des équipements de protection et du matériel de laboratoire. Ces contraintes affectent directement les outils essentiels à la maîtrise d’Ebola : détection précoce, dépistage, orientation sécurisée, traitement et engagement durable auprès des communautés.
La confiance joue un rôle tout aussi crucial. L’efficacité de la réponse face à Ebola repose sur la compréhension et la participation des communautés aux mesures sanitaires. Les leaders communautaires, les patients, les familles et les agents de santé doivent être associés aux processus d’identification, d’orientation et de prise en charge des cas.
15 juillet 2026 : Deux mois après le début de l’épidémie, le nombre de cas continue d’augmenter
Au bout de deux mois, plus de 2 000 cas confirmés d’Ebola et 750 décès avaient été signalés.
En moins de cinq semaines, le nombre de cas confirmés a environ triplé. À Bunia, le centre de traitement Ebola « Elikya », doté de 90 lits, fonctionnait régulièrement près de sa capacité maximale ; certaines personnes retardaient leur prise en charge, craignant qu’aucun lit ne soit disponible.
MSF a appelé à une réponse plus vaste, incluant un renforcement des capacités de dépistage, de traitement, de surveillance, de recherche des contacts, d’engagement communautaire et de prise en charge des survivants.
Juillet–août 2026 : Le déplacement ajoute une couche supplémentaire de vulnérabilité
Alors que l’épidémie d’Ebola continuait de se propager, des centaines de milliers de personnes dans l’est de la RDC subissaient déjà les conséquences de déplacements répétés.
Les familles déplacées peuvent être confrontées à la surpopulation, à un accès restreint à l’eau potable, à l’interruption des programmes de vaccination et à des difficultés pour accéder aux soins de santé. Les déplacements à répétition peuvent également compliquer la surveillance épidémiologique et le suivi des contacts.
Dans le camp de déplacés de Rho, près de Drodro (en Ituri), où vivaient près de 50 000 personnes, des leaders communautaires ont collaboré avec MSF pour encourager le dépistage et la prise en charge précoces, ainsi que pour renforcer la prévention des infections.
Leur implication a démontré que les communautés déplacées ne sont pas de simples bénéficiaires de l’aide d’urgence. Leurs connaissances, leur participation et la confiance qu’elles accordent sont essentielles à l’efficacité de la réponse.
14 août 2026 : Ebola n’est pas la seule urgence sanitaire
Alors que l’attention internationale se portait sur Ebola, MSF a averti que d’autres besoins sanitaires urgents dans l’est de la RDC ne devaient pas être négligés.
Le choléra, la rougeole et le paludisme continuaient de frapper les populations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, qui subissaient par ailleurs des blessures liées au conflit, ainsi que les conséquences sanitaires des déplacements de population et des violences sexuelles.
Entre janvier et le 19 juillet, les chiffres officiels faisaient état de plus de 108 000 cas suspects de rougeole et de 1 394 décès à travers la RDC. Plus de 35 000 cas suspects de choléra et plus de 1 000 décès avaient également été signalés.
Pour les habitants de l’est de la RDC, ces urgences se superposent. Une famille déplacée en raison des violences peut avoir besoin, simultanément, d’eau potable, d’un traitement contre le paludisme, de la vaccination des enfants, de soins liés à la maternité, ou encore d’une prise en charge pour le choléra ou la rougeole.
La peur d’Ebola peut également dissuader les populations de se rendre dans les structures de santé pour d’autres pathologies. Il est donc essentiel que les soins de santé courants se poursuivent parallèlement à la réponse à l’épidémie. La lutte contre Ebola ne saurait justifier que d’autres besoins sanitaires urgents soient laissés sans prise en charge.
21 août 2026 : À l’approche du centième jour, la réponse doit gagner en souplesse
Près de 100 jours après la déclaration de l’épidémie, Ebola était devenue la plus vaste et la plus meurtrière jamais enregistrée dans l’histoire de la RDC.
Au 16 août, les autorités nationales avaient fait état de plus de 5 000 cas confirmés et de plus de 2 400 décès. Selon MSF, plus de 60 % des décès dus à Ebola sont survenus en dehors des centres de traitement, souvent loin des structures spécialisées.
En août, plus de 1 400 membres du personnel de MSF appuyaient la réponse dans plusieurs provinces touchées, gérant des centres de traitement et des unités d’isolement, tout en renforçant les structures de santé locales et les activités menées au sein des communautés.
La situation a mis en évidence la nécessité de rapprocher les services de dépistage, d’isolement, d’orientation et de traitement des communautés touchées.
L’urgence, c’est Ebola — ainsi que tout ce qui s’y rapporte.
L’épidémie a mis en lumière les pressions qui pèsent déjà sur le système de santé de l’est de la RDC. La lutte contre Ebola exige un dépistage, des tests et un traitement rapides, la prévention des infections et une forte implication des communautés. Or, chacune de ces actions est rendue plus difficile par l’insécurité qui restreint l’accès aux soins, les déplacements répétés de population et la propagation d’autres maladies.
Par conséquent, la riposte à Ebola ne se limite pas à la simple maîtrise d’un virus. Les ressources allouées à la lutte contre l’épidémie doivent renforcer, et non éclipser, la réponse médicale globale.
Pour les communautés touchées par la crise, il n’existe pas de distinction nette entre Ebola, le choléra, la rougeole, le paludisme, les besoins en matière de maternité ou les blessures liées au conflit. Chaque situation requiert un accès rapide aux soins.
L’épidémie d’Ebola et la riposte se poursuivent.