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Un superviseur médical et une infirmière de MSF examinent ensemble les patients et remplissent les registres de suivi à la clinique mobile installée sur le site de transit d'Adémour, dans la province de Sila, au Tchad. À l'arrière-plan, des mères et leurs enfants attendent leur consultation médicale ou nutritionnelle.
Un superviseur médical et une infirmière de MSF examinent ensemble les patients et remplissent les registres de suivi à la clinique mobile installée sur le site de transit d'Adémour, dans la province de Sila, au Tchad. À l'arrière-plan, des mères et leurs enfants attendent leur consultation médicale ou nutritionnelle. Chad, Juin 2026 ©Grace Horbira Djimadoum/MSF

Les réfugiés fuyant le Soudan risquent de se retrouver sans abri, sans eau ni soins de santé pendant des mois dans l'est du Tchad.

Plus de 2 500 réfugiés fuyant les violences au Soudan ont passé plus de six mois sans abri adéquat, sans latrines, sans accès à l’eau potable ni aide alimentaire, dans l’attente de leur relocalisation depuis le site de transit d’Adémour, dans la province de Sila, au Tchad. Face à ces besoins, et après avoir été alertée par les autorités du décès de cinq enfants de moins de cinq ans, Médecins Sans Frontières (MSF) a lancé une intervention d’urgence de mai à juillet 2026.

« Nos premières évaluations de la situation à Adémour ont confirmé des cas de rougeole et de malnutrition, tandis que de nombreuses personnes souffraient de diarrhée, d’infections parasitaires, de maladies respiratoires et de maladies de peau liées à un accès limité à l’eau potable », explique le Dr Souley Harouna, chef de mission de MSF au Tchad.

Pendant deux mois, les équipes de MSF ont dispensé gratuitement des soins de santé primaires, incluant la prévention et le traitement du paludisme, les soins de santé sexuelle et reproductive, ainsi que le dépistage et le traitement de la malnutrition. La situation nutritionnelle était alarmante, avec un taux de malnutrition aiguë globale (MAG) supérieur à 37 % (343 personnes dépistées) et un taux de malnutrition aiguë sévère (MAS) de 8,4 % (77 personnes dépistées). Ces chiffres illustrent la gravité de la situation humanitaire et l’urgence d’une aide nutritionnelle.

Les équipes de MSF ont également amélioré l’accès à l’eau potable pour les réfugiés soudanais et les communautés d’accueil, réduisant ainsi le risque de maladies infectieuses. Elles ont notamment remis en état quatre pompes manuelles, installé des latrines et des points d’eau pour le lavage des mains, et utilisé deux réservoirs d’eau pour atteindre la consommation journalière de 15 litres. En deux mois, les cas de diarrhée ont considérablement diminué grâce à la distribution d’eau potable et au renforcement des actions d’hygiène.

« Lors du passage des réfugiés à Adémour avant leur relocalisation, nous avons axé nos efforts sur les messages relatifs à l’hygiène », explique Bonaventure Djedouboum Tobah, superviseur de la promotion de la santé chez MSF. « Des gestes simples comme le lavage des mains et le traitement de l’eau sont essentiels pour prévenir les maladies hydriques et protéger les familles vivant dans un contexte aussi précaire.»

Ce travail s’est fortement appuyé sur l’implication des communautés. La plupart des agents de mobilisation communautaire étaient eux-mêmes des réfugiés, formés et accompagnés par MSF pour diffuser des messages de santé, assurer le suivi auprès des familles et identifier les enfants ayant besoin d’un soutien nutritionnel.

Une travailleuse sociale de MSF distribue Plumpy'Nut, un aliment thérapeutique prêt à l'emploi (ATPE), à une mère dans la clinique mobile installée sur le site de transit d'Adémour, dans la province de Sila, au Tchad. Cette distribution essentielle a permis de prévenir et de traiter la malnutrition aiguë chez les jeunes enfants touchés par la crise des déplacements de population. Chad, Juin 2026
Une travailleuse sociale de MSF distribue Plumpy'Nut, un aliment thérapeutique prêt à l'emploi (ATPE), à une mère dans la clinique mobile installée sur le site de transit d'Adémour, dans la province de Sila, au Tchad. Cette distribution essentielle a permis de prévenir et de traiter la malnutrition aiguë chez les jeunes enfants touchés par la crise des déplacements de population. Chad, Juin 2026 ©Grace Horbira Djimadoum/MSF

Sila est souvent un élément moins visible de la réponse des réfugiés soudanais au Tchad. Contrairement à Adré ou Aboutengué, où se trouvent d’importants postes frontaliers et des sites plus vastes, Sila est plus dispersée, plus isolée et plus difficile à atteindre pour l’aide humanitaire. Le choix des lieux d’implantation est également influencé par des facteurs géographiques et socioculturels. De nombreux réfugiés préfèrent s’installer dans des zones où ils entretiennent des liens ethniques ou culturels avec les communautés d’accueil.

« Les familles arrivent souvent en petits groupes et se retrouvent dans des sites de transit spontanés comme Adémour, où les services sont tout simplement inexistants », explique le Dr Harouna.

Début juillet, presque tous les réfugiés du site de transit d’Adémour ont été transférés vers le camp de réfugiés de Kerfi. Pourtant, ils ne bénéficient d’aucune garantie claire de soins adéquats, car les normes minimales d’urgence pour les réfugiés et les communautés d’accueil dans les sites de réinstallation ne sont pas respectées.

« La relocalisation à elle seule ne constitue pas une solution si les zones d’accueil manquent également d’eau, d’abris, d’installations sanitaires, de soins de santé et d’aide alimentaire en quantité suffisante », déclare le Dr Harouna. « Les réfugiés et les communautés d’accueil ont besoin d’un accès rapide à tous les services essentiels, que ce soit dans un site de transit ou de relocalisation, ou au sein même des communautés », ajoute-t-il.

Depuis le début de la guerre au Soudan, plus de 930 000 réfugiés soudanais ont franchi la frontière pour se réfugier au Tchad, dont plus de 80 % de femmes et d’enfants. Depuis avril 2023, le HCR et les autorités tchadiennes ont relocalisé 646 216 personnes depuis les sites de transit frontaliers vers l’intérieur du pays, dont 45 321 depuis janvier 2026 dans le cadre d’un programme accéléré. Tandis que les efforts de relocalisation se poursuivent, tous les acteurs doivent veiller à ce qu’une aide humanitaire durable et des services essentiels vitaux soient disponibles pour les réfugiés et les communautés d’accueil.