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Des femmes traversent le camp de déplacés de Plaine Savo, transportant du bois et de l'eau.
Des femmes traversent le camp de déplacés de Plaine Savo, transportant du bois et de l'eau. Au poste de santé installé par MSF sur le site, les équipes médicales prennent en charge en moyenne 60 survivantes de violences sexuelles chaque mois : souvent des femmes agressées à proximité immédiate du camp, alors qu'elles tentaient de ramasser du bois pour cuisiner et rejoindre leurs champs afin de nourrir leurs familles. Juin 2026 ©Alexis Huguet/MSF

Est de la RDC: Entre violences, déplacements de masse et désormais menace d'épidémie d'Ebola, des milliers de personnes déplacées à Plaine Savo luttent chaque jour pour survivre

Quelques 76 000 personnes vivent actuellement dans le site de personnes déplacées de Plaine Savo, près de la ville de Fataki, province de l’Ituri, à l’est de la République démocratique du Congo. Du fait des violences qui font rage à l’extérieur du camp, ses habitants ne peuvent plus en partir, et sont contraints de vivre dans des conditions alarmantes et insalubres, dans l’incapacité de subvenir à leurs besoins les plus basiques. 

« Nos maisons ont été incendiées. Le jour où nous sommes partis, il y avait des tirs partout. Les gens ont fui sans rien emporter. Certains ont été tués, d’autres violés ou enlevés. Jusqu’à aujourd’hui, nous ne savons pas où se trouvent ceux qui ont disparu, s’ils sont morts, emprisonnés ou encore en vie. » Antoinette, 60 ans, est assise devant l’abri de fortune de quelques mètres carrés dans lequel elle dort depuis huit mois. 

En décembre dernier, le village voisin de Bule où elle vivait, a été le théâtre de violents affrontements entre le groupe armé Convention pour la révolution populaire (CRP) et les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Les combats ont vidé la localité de sa population. C’est la deuxième fois qu’Antoinette est déplacée de force au cours de ces dernières années. 

Face aux insécurités et aux restrictions

La plupart de celles et ceux qui ont fui se sont installés à proximité d’une base de l’armée ougandaise — présente en Ituri dans le cadre d’un accord de coopération avec le gouvernement congolais — pensant qu’ils y seraient protégés. Elle se souvient de ses premiers jours dans ce qui allait rapidement devenir un camp comptant des dizaines de milliers de personnes déplacées. 

« Quand nous sommes arrivés ici, nous avons passé environ deux semaines sans abri ni bâche en plastique, à la merci de la pluie. Nous avons finalement construit de petites huttes avec des morceaux de bois, du plastique et de la paille », dit-elle. 

Mais depuis, les conditions de vie se sont à peine améliorées : le site est surpeuplé et encerclé par des hommes armés qui — jusqu’à récemment — empêchaient les gens de sortir pour rejoindre leurs champs, les marchés et les points d’eau. La plupart ont toujours peurs de prendre le risque de sortir du site et restent donc privés de tous moyens de subsistance. L’insécurité et les restrictions d’accès limitent aussi fortement la présence des organisations humanitaires. Depuis décembre, seules deux distributions alimentaires ont eu lieu. 

« Les vivres sont épuisés et nous attendons toujours la prochaine distribution. Nous n’avons presque rien à manger et les enfants souffrent. La vie ici est très dure », conclut Antoinette. 

Vue du camp de Plaine Savo, qui abrite environ 76 000 personnes déplacées près de Fataki. Les conditions de vie y sont épouvantables, dans des abris de fortune surpeuplés, avec un accès extrêmement limité à la nourriture, à l’eau et aux infrastructures sanitaires.
Vue du camp de Plaine Savo, qui abrite environ 76 000 personnes déplacées près de Fataki. Les conditions de vie y sont épouvantables, dans des abris de fortune surpeuplés, avec un accès extrêmement limité à la nourriture, à l’eau et aux infrastructures sanitaires. Juin 2026 ©Alexis Huguet/MSF

L'absence d'acteurs humanitaires

En février, MSF a mis en place un poste de santé afin de fournir des soins essentiels à la population. C’était alors l’une des rares organisations humanitaires présentes sur le site.

Alphonsine y travaille comme infirmière superviseure. Elle exerçait auparavant à Bule, avant de devoir elle-même fuir à cause des violences. Lorsqu’elle est arrivée à Plaine Savo, elle se souvient de la rapidité avec laquelle la diarrhée, la gale, la fièvre typhoïde et les infections parasitaires se propageaient — en grande partie à cause du manque d’eau propre. 

« Il y avait des maladies et des décès. Depuis que MSF est ici, le nombre de décès a vraiment diminué », dit-elle. 

Aujourd’hui, le poste de santé fournit des soins de santé générale, pédiatrique, maternel et mentale. On y prend aussi en charge les cas de violences sexuelles et de malnutrition aiguë qui se présentent tous les jours. 

Entre la violence et les maladies

Le niveau de violence auquel sont exposées les personnes vivant à Plaine Savo se reflète dans les registres du poste de santé. Au cours des six derniers mois, une moyenne de 60 survivant·es de violences sexuelles y ont été pris.es en charge chaque mois, et sept personnes blessées par balle ou par arme blanche chaque semaine. Dans la plupart des cas, les personnes ont été agressées ou blessées alors qu’elles tentaient de sortir du site. En moyenne, neuf cas de malnutrition sont admis chaque semaine dans notre poste de santé. 

« Il y a des problèmes d’alimentation parce que les gens ne peuvent ni cultiver, ni aller aux champs. Si nous étions davantage en sécurité, la population pourrait cultiver et nous ne serions pas confrontés à la faim », explique Alphonsine. 

Pour les cas les plus graves nécessitant une intervention chirurgicale, MSF a obtenu l’autorisation pour que son ambulance transfère les patients de Plaine Savo vers l’Hôpital général de référence de Fataki (à environ 15 km par la route), également soutenu par l’organisation médicale. Une mesure vitale, en particulier pour les patient·es blessé·es par balle et les femmes enceintes. 

« Il y avait beaucoup de décès maternels dans le camp parce que nous ne pouvions pas évacuer les mères vers l’hôpital », se rappelle Alphonsine. « Mais nous n’en avons enregistré aucun depuis que le véhicule de MSF peut les emmener à Fataki à tout moment. » 

La menace Ebola

L’épidémie d’Ebola déclarée par les autorités nationales en mai, a considérablement aggravé la situation sanitaire en Ituri. Au cours des derniers mois, 36 cas confirmés ont été transférés et admis à l’unité de traitement Ebola de 24 lits récemment mise en place par MSF à l’Hôpital de Fataki – et qui sera bientôt étendue à 32. Mais le risque de transmission pour le personnel a contraint les équipes de l’organisation à cesser de fournir un appui chirurgical à l’hôpital — triste rappel, à petite échelle, des conséquences de cette épidémie sur l’ensemble du système de santé de la région. 

Jusqu’à présent, trois cas confirmés ont été détectés à Plaine Savo. Grâce à la mobilisation de la communauté et avec l’appui de MSF, tous ont pu être référés de manière précoce, diagnostiqués et pris en charge à l’hôpital de Fataki. Mais la menace plane toujours, et les personnes déplacées de Plaine Savo sont toutes conscientes des conséquences désastreuses que le virus pourrait engendrer s’il venait à se propager plus largement dans le camp. 

Un membre du personnel hospitalier effectue un contrôle de température et veille à ce que toute personne entrant à l'hôpital général de référence de Fataki se lave les mains, conformément aux mesures de prévention et de contrôle de l'infection par Ebola.
Un membre du personnel hospitalier effectue un contrôle de température et veille à ce que toute personne entrant à l'hôpital général de référence de Fataki se lave les mains, conformément aux mesures de prévention et de contrôle de l'infection par Ebola. Juin 2026 ©Alexis Huguet/MSF

« Nous avons très peur. Certains d’entre nous ont des membres de leur famille qui sont morts à Mongbwalu et Bunia », explique Alphonsine, en référence à certains grands foyers connus de la maladie.

« Les abris de fortune de Plaine Savo sont bondés et souvent séparés de moins d’un demi-mètre les uns des autres. Si la maladie arrive ici, les gens pourraient mourir en masse. C’est pourquoi nous sensibilisons la population. » 

Renforcer l'accès à l'eau et à l'assainissement

Dans la lutte pour empêcher la propagation de la maladie d’Ebola — qui se transmet par contact direct avec la sueur, les excréments ou d’autres fluides corporels — l’accès à l’eau propre, à l’assainissement et à l’hygiène est essentiel. Depuis février, les équipes de MSF travaillent sans relâche pour améliorer la situation du camp en ce sens : 311 latrines ont été construites, et une quantité de plus importante en plus important d’eau est fournie à la population par camion-citerne, en attendant la finalisation de neuf nouveaux forages. 

Mais davantage doit être fait. Aussi bien le nombre de latrines que la quantité quotidienne d’eau potable disponibles par personne demeurent terriblement insuffisants. Des distributions plus régulières d’articles non alimentaires et de nourriture sont aussi nécessaires, ainsi que des activités de protection visant à mettre les personnes les plus vulnérables à l’abri des abus. 

Une équipe MSF Eau et Assainissement supervise le transbordement d'eau d'un camion vers des réservoirs alimentant un point de distribution, dans le camp de Plaine Savo (visible en arrière-plan), qui abrite environ 76 000 personnes déplacées.

« C’est la pire situation humanitaire que j’ai vu depuis des années. » Témoigne Trish Newport, Coordinatrice des urgences pour MSF.

« Pour préserver la vie, la dignité et la sécurité des personnes déplacées à Plaine Savo, ainsi que pour mieux les protéger contre la maladie d’Ebola, la réponse humanitaire doit être renforcée d’urgence. Cela signifie davantage d’acteurs sur le terrain, avec une plus grande capacité d’intervention. » Conclue-t-elle.  

Emmanuelle, âgée de 42 ans, est une femme déplacée qui vit dans le camp de déplacés de Plaine Savo. Elle a été blessée à la cuisse alors qu'elle ramassait du bois de chauffage à proximité du camp et est actuellement soignée à l'hôpital général de référence de Fataki.
Emmanuelle, âgée de 42 ans, est une femme déplacée qui vit dans le camp de déplacés de Plaine Savo. Elle a été blessée à la cuisse alors qu'elle ramassait du bois de chauffage à proximité du camp et est actuellement soignée à l'hôpital général de référence de Fataki. Juin 2026 ©Alexis Huguet/MSF