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Rahaf, 11 ans, a réalisé deux dessins : l’un représentant la période d’avant la guerre, l’autre celle d’après. Dans le dessin « d’avant », elle a représenté son quartier, avec des rues propres, des enfants qui jouent et une école animée par les cours et l’apprentissage. Dans celui « d’après », elle a dessiné des tentes, des habitations prises pour cibles, une ambulance, un camion-citerne, des enfants remplissant des bidons d’eau, ainsi qu’un adulte amputé d’une jambe, se déplaçant à l’aide de béquilles. Ce dessin a été réalisé lors d’une séance de soutien en santé mentale organisée par MSF à la clinique Al-Zaytoon, dans la ville de Gaza, en août 2026. Aucun thème n’avait été imposé ; l’intervenant a simplement demandé à chaque enfant de dessiner ce qui lui venait à l’esprit, ce qu’il portait en lui, ou ce qu’il souhaitait montrer. Gaza, août 2026 ©Nour Alsaqqa/MSF
Rahaf, 11 ans, a réalisé deux dessins : l’un représentant la période d’avant la guerre, l’autre celle d’après. Dans le dessin « d’avant », elle a représenté son quartier, avec des rues propres, des enfants qui jouent et une école animée par les cours et l’apprentissage. Dans celui « d’après », elle a dessiné des tentes, des habitations prises pour cibles, une ambulance, un camion-citerne, des enfants remplissant des bidons d’eau, ainsi qu’un adulte amputé d’une jambe, se déplaçant à l’aide de béquilles. Ce dessin a été réalisé lors d’une séance de soutien en santé mentale organisée par MSF à la clinique Al-Zaytoon, dans la ville de Gaza, en août 2026. Aucun thème n’avait été imposé ; l’intervenant a simplement demandé à chaque enfant de dessiner ce qui lui venait à l’esprit, ce qu’il portait en lui, ou ce qu’il souhaitait montrer. Gaza, août 2026 ©Nour Alsaqqa/MSF

Dessiner Gaza quand l'enfance a été façonnée par la peur et la violence

MSF prévient que trois années d’offensive militaire, de déplacements massifs et de destructions israéliennes ont dévasté la santé mentale des enfants de Gaza

La file d’attente pour obtenir de la nourriture, la pluie qui s’infiltre dans la tente, un char qui démolit des bâtiments, le drone omniprésent, ou encore les amis avec qui ils jouaient autrefois… Dina, Rahaf, Motassem et plusieurs autres enfants de Gaza expliquent calmement la signification de leurs dessins ; pourtant, les récits qu’ils livrent sont tout sauf apaisés. Réalisés lors de séances psychosociales de groupe organisées par Médecins Sans Frontières (MSF), ces dessins témoignent de ce que ces enfants voient et ressentent — ils reflètent les souvenirs d’une enfance marquée par la peur et la violence.

Trois années d’une offensive militaire israélienne brutale ont eu des conséquences dévastatrices sur la santé mentale de la jeune génération à Gaza. Beaucoup ont perdu des membres de leur famille, leur foyer, leur école ou leurs amis ; par ailleurs, les déplacements à répétition et des conditions de vie catastrophiques ont fait disparaître les espaces où les enfants devraient pouvoir, tout simplement, être des enfants et jouer sans crainte.

« Dans toute la bande de Gaza, nous observons des niveaux alarmants de chagrin, d’anxiété, de troubles du sommeil et de détresse psychologique, tant chez les adultes que chez les enfants », explique Franz Luef, chef de mission de MSF en Palestine. « Ces symptômes sont exacerbés par une crise qui a évolué vers une phase moins visible, caractérisée par le démantèlement systématique, par Israël, des conditions nécessaires à la survie des Palestiniens. »

Selon l’OMS, le nombre de personnes à Gaza ayant besoin d’un soutien urgent en matière de santé mentale et de soutien psychosocial a plus que doublé par rapport à la période précédant le conflit, passant d’environ 485 000 à plus d’un million de personnes. Les soins en santé mentale sont devenus un volet essentiel des activités de MSF : les équipes proposent des consultations individuelles, des activités psychosociales et psychoéducatives en groupe pour les adultes, ainsi que des activités récréatives pour les enfants et les adolescents, qui sont particulièrement vulnérables.

Alma, 11 ans, déteste par-dessus tout le déplacement forcé. Elle raconte avoir dû fuir, avec sa famille, à plusieurs reprises alors qu’ils étaient sous les tirs. Son foyer lui manque, et elle supporte très mal la vie sous une tente, exposée à une chaleur extrême, aux pluies hivernales et aux inondations. Elle confie qu’autrefois, le soleil semblait joyeux, mais qu’aujourd’hui, il lui paraît triste. Ce dessin a été réalisé lors d’une séance de soutien en santé mentale organisée par MSF à la clinique Al-Zaytoon, dans la ville de Gaza, en août 2026. Aucun thème n’avait été imposé : l’intervenant a simplement demandé à chaque enfant de dessiner ce qui lui passait par la tête, ce qu’il portait en lui, ou ce qu’il souhaitait exprimer. Gaza, août 2026 ©Nour Alsaqqa/MSF
Alma, 11 ans, déteste par-dessus tout le déplacement forcé. Elle raconte avoir dû fuir, avec sa famille, à plusieurs reprises alors qu’ils étaient sous les tirs. Son foyer lui manque, et elle supporte très mal la vie sous une tente, exposée à une chaleur extrême, aux pluies hivernales et aux inondations. Elle confie qu’autrefois, le soleil semblait joyeux, mais qu’aujourd’hui, il lui paraît triste. Ce dessin a été réalisé lors d’une séance de soutien en santé mentale organisée par MSF à la clinique Al-Zaytoon, dans la ville de Gaza, en août 2026. Aucun thème n’avait été imposé : l’intervenant a simplement demandé à chaque enfant de dessiner ce qui lui passait par la tête, ce qu’il portait en lui, ou ce qu’il souhaitait exprimer. Gaza, août 2026 ©Nour Alsaqqa/MSF

Enfance volée par un génocide

Dina, 9 ans, a dessiné le jour où son grand-père et sa grand-mère ont été tués par des bombes et des tirs d’artillerie, ainsi que la scène où une ambulance est venue les chercher, au milieu des habitations précaires de Shujaeyya, alors qu’elles étaient sous le feu. Ce dessin a été réalisé lors d’une séance de soutien en santé mentale organisée par MSF à la clinique Al-Zaytoon, dans la ville de Gaza, en août 2026. Aucun thème n’avait été imposé : l’intervenant a simplement demandé à chaque enfant de dessiner ce qui lui venait à l’esprit, ce qu’il portait en lui, ou ce qu’il souhaitait montrer. Gaza, août 2026 ©Nour Alsaqqa/MSF
Dina, 9 ans, a dessiné le jour où son grand-père et sa grand-mère ont été tués par des bombes et des tirs d’artillerie, ainsi que la scène où une ambulance est venue les chercher, au milieu des habitations précaires de Shujaeyya, alors qu’elles étaient sous le feu. Ce dessin a été réalisé lors d’une séance de soutien en santé mentale organisée par MSF à la clinique Al-Zaytoon, dans la ville de Gaza, en août 2026. Aucun thème n’avait été imposé : l’intervenant a simplement demandé à chaque enfant de dessiner ce qui lui venait à l’esprit, ce qu’il portait en lui, ou ce qu’il souhaitait montrer. Gaza, août 2026 ©Nour Alsaqqa/MSF

Pour les enfants assez âgés pour se souvenir de la vie avant le génocide perpétré par Israël, il ne reste presque rien du monde qu’ils ont connu. Les lieux où ils ont grandi ont été détruits. Les éléments fondamentaux qui devraient définir l’enfance — se sentir en sécurité, jouer avec des amis, aller à l’école et passer du temps en famille — leur ont été volés, remplacés par des souvenirs de violence, la menace constante de nouvelles attaques et le spectacle de la destruction. Aller chercher de l’eau, faire la queue pour obtenir de la nourriture ou aider leur famille à survivre font désormais partie de leurs responsabilités quotidiennes. Pour les plus jeunes, les conséquences sont différentes : certains n’ont jamais connu autre chose que le déplacement et le bruit des frappes aériennes.

« Les enfants qui ont grandi pendant la guerre, et qui ont aujourd’hui trois ou quatre ans, ont perdu la notion de concepts pourtant fondamentaux », explique Mahmoud Al-Balbisi, conseiller en santé mentale chez MSF. « Beaucoup ne savent pas ce que signifie le mot « foyer ». La tente est devenue leur foyer, car ils n’ont jamais connu la vie dans une maison. »

Les enfants ont également commencé à reproduire ce qui les entoure, à travers le jeu et le dessin. Loin des jeux propres à une enfance ordinaire, les intervenants observent des enfants qui imitent des distributions d’aide, décrivent des attaques ou jouent au milieu des décombres de bâtiments détruits.

Dina, une fillette de neuf ans, se souvient avoir dû quitter son foyer avec sa famille, poussant son père blessé dans un fauteuil roulant — son pied avait été écrasé par un camion alors qu’il tentait de récupérer de l’aide. Dina aspire à une chose toute simple : « Que tout redevienne comme avant. Retrouver mes grands-parents. »

Rahaf, âgée de onze ans, raconte : « Parfois, je me tiens près de la fenêtre et je vois les chars tirer. Je dis à ma maman : « Viens à l’intérieur, les chars tirent, ils lancent des obus. » J’ai peur pour ma famille, alors je lui demande de rentrer. Ma cousine a été tuée. Je ne peux pas l’oublier. Je jouais tout le temps avec elle. »

Les effets de la violence prolongée sur le comportement quotidien

Malgré leur résilience, les effets d’une violence prolongée sont visibles dans le comportement quotidien des enfants. Les intervenants signalent, chez ces derniers, une anxiété croissante, de la peur, des cris, des comportements agressifs, le fait de se ronger les ongles, ainsi que des épisodes d’énurésie (mictions involontaires).

À la clinique Zaytoun de MSF, située dans la ville de Gaza, des intervenants apportent un soutien psychosocial aux enfants par le biais de la musique, de jeux, d’histoires et du dessin, leur offrant ainsi un espace pour s’exprimer. Lors des séances de suivi, ces professionnels aident les enfants à renouer avec ce qu’ils étaient avant la guerre et à mieux comprendre leurs émotions. « Nous essayons de rappeler aux enfants leur humanité, et le simple fait qu’ils sont des enfants », explique Al-Balbisi.

Des activités telles que « Mon corps est mon royaume » leur permettent de prendre conscience de leur droit à la sécurité et à l’intégrité physique, dans un environnement où ils sont de plus en plus exposés au danger.

« Après trois années de violence, de conditions de vie inhumaines et de pertes, les enfants ne portent pas seulement en eux des souvenirs de guerre ; leurs expériences ont profondément modifié leur conception de la sécurité et de l’enfance elle-même », explique Luef. « À Gaza, les enfants ne sont toujours pas en sécurité. Les bombardements peuvent survenir à tout moment, et ils continuent de vivre dans la peur constante, sans possibilité de se reconstruire ni d’échapper à ce qu’ils ont déjà subi. Les besoins en santé mentale à Gaza sont immenses, mais les services et les espaces disponibles pour le rétablissement des enfants restent extrêmement limités suite à la destruction systématique du système de santé par les forces israéliennes.»

Motassem, 14 ans, a été arrêté par l’armée israélienne alors qu’il évacuait la zone avec son père en passant par un point de contrôle. Dans son dessin, il représente des nuages ​​qui déversent de la pluie ainsi que des bombes ; il confie que l’une des épreuves les plus difficiles de son quotidien, depuis, consiste à devoir aller chercher de l’eau auprès de camions-citernes. Il a également représenté une autre scène, située à l’arrière de la maison qu’il a perdue : un vaste terrain planté d’oliviers et d’arbres fruitiers. Ce dessin a été réalisé en août 2026, lors d’une séance de soutien en santé mentale organisée par MSF à la clinique Al-Zaytoon, dans la ville de Gaza. Aucun thème n’avait été imposé ; l’intervenant a simplement demandé à chaque enfant de dessiner ce qui lui venait à l’esprit, ce qu’il portait en lui, ou ce qu’il souhaitait montrer. Gaza, août 2026 ©Nour Alsaqqa/MSF
Motassem, 14 ans, a été arrêté par l’armée israélienne alors qu’il évacuait la zone avec son père en passant par un point de contrôle. Dans son dessin, il représente des nuages ​​qui déversent de la pluie ainsi que des bombes ; il confie que l’une des épreuves les plus difficiles de son quotidien, depuis, consiste à devoir aller chercher de l’eau auprès de camions-citernes. Il a également représenté une autre scène, située à l’arrière de la maison qu’il a perdue : un vaste terrain planté d’oliviers et d’arbres fruitiers. Ce dessin a été réalisé en août 2026, lors d’une séance de soutien en santé mentale organisée par MSF à la clinique Al-Zaytoon, dans la ville de Gaza. Aucun thème n’avait été imposé ; l’intervenant a simplement demandé à chaque enfant de dessiner ce qui lui venait à l’esprit, ce qu’il portait en lui, ou ce qu’il souhaitait montrer. Gaza, août 2026 ©Nour Alsaqqa/MSF

Entre fin 2023 et septembre 2026, les équipes de MSF ont dispensé plus de 132 000 consultations individuelles en santé mentale et ont accompagné plus de 246 000 personnes grâce à des activités de groupe.

Sara, 4 ans, a été blessée à deux reprises, la deuxième fois à cause d'un bombardement de char sur leur maison endommagée le 21/07/2026. Elle refuse d'y retourner depuis. Ce dessin a été réalisé lors d'une séance de santé mentale de MSF à la clinique Al-Zaytoon dans la ville de Gaza en août 2026. Aucun sujet n'avait été assigné, le conseiller a simplement demandé à chaque enfant de dessiner ce qui lui venait à l'esprit, ce qu'il emporte avec lui et ce qu'il voulait montrer. Gaza, août 2026 ©Nour Alsaqqa/MSF
Sara, 4 ans, a été blessée à deux reprises, la deuxième fois à cause d'un bombardement de char sur leur maison endommagée le 21/07/2026. Elle refuse d'y retourner depuis. Ce dessin a été réalisé lors d'une séance de santé mentale de MSF à la clinique Al-Zaytoon dans la ville de Gaza en août 2026. Aucun sujet n'avait été assigné, le conseiller a simplement demandé à chaque enfant de dessiner ce qui lui venait à l'esprit, ce qu'il emporte avec lui et ce qu'il voulait montrer. Gaza, août 2026 ©Nour Alsaqqa/MSF