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Des membres des équipes MSF en consultation avec un patient qui souffrent d’Ebola. Centre de traitement Ebola de Kitatumba à Butembo. Septembre 2026, RDC ©Lucie Ringué/MSF
Des membres des équipes MSF en consultation avec un patient qui souffrent d’Ebola. Centre de traitement Ebola de Kitatumba à Butembo. Septembre 2026, RDC ©Lucie Ringué/MSF

Ebola en RDC : les enfants paient un lourd tribut mais restent exclus des innovations médicales

Les enfants paient un tribut dévastateur à l’épidémie d’Ebola qui sévit actuellement dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC). Alors que les enfants présentent un risque de décès plus élevé que les adultes lorsqu’ils contractent Ebola, ils représentent également une part importante des personnes touchées par l’épidémie actuelle. Selon Epicentre, le centre de recherche épidémiologique de Médecins Sans Frontières (MSF), près d’un cas confirmé d’Ebola sur quatre au Nord-Kivu concerne un enfant. MSF est profondément préoccupée par l’impact disproportionné de la maladie sur les enfants et appelle à une meilleure prise en compte de leurs vulnérabilités spécifiques, tant dans la réponse médicale que dans les efforts de recherche. 

Si Ebola demeure une maladie mortelle pour toutes les tranches d’âge, les plus jeunes enfants sont ceux qui présentent le risque de décès le plus élevé.

Au Nord-Kivu, les enfants sont particulièrement touchés par l’épidémie actuelle : 24 % des cas confirmés concernent des enfants de moins de cinq ans, contre 13 % en Ituri. Les nourrissons de moins d’un an représentent quant à eux 13 % des cas, contre 6 % en Ituri. Au Centre de Traitement Ebola (CTE) de Butembo, au Nord-Kivu, les équipes de MSF ont observé un taux de létalité particulièrement élevé chez les enfants. Entre juin et septembre 2026, 24 des 30 enfants pris en charge dans ce seul centre, dont la majorité avait moins de cinq ans, sont décédés des suites du virus Bundibugyo.

La progression rapide de la maladie au sein des communautés et l’accès limité aux soins spécialisés contribuent à ces taux de létalité alarmants. 

Dr Tathy Modjaka Nzoko, Responsable des activités médicales MSF, guide une équipe de médicaux entrés dans la zone de prise en charge des cas suspects au CTE de Kitatumba. Butembo, RDC, août 2026 ©Lucie Ringué/MSF
Dr Tathy Modjaka Nzoko, Responsable des activités médicales MSF, guide une équipe de médicaux entrés dans la zone de prise en charge des cas suspects au CTE de Kitatumba. Butembo, RDC, août 2026 ©Lucie Ringué/MSF

« Les structures de soins primaires manquent souvent de l’expertise spécialisée, des équipements et des mesures de prévention et de contrôle des infections nécessaires pour identifier les cas suspects et les prendre en charge en toute sécurité », explique Stéphanie Hoffmann, coordinatrice de projet MSF à Butembo. « La plupart des enfants admis dans notre CTE de Butembo au cours de l’été avaient déjà été hospitalisés pour d’autres maladies dans plusieurs structures de santé au cours des jours ou des semaines précédant leur admission. Les membres de leur famille n’étaient pas eux-mêmes atteints d’Ebola, et il est très probable que ces enfants aient contracté la maladie dans des structures de santé. » 

Les enfants sont disproportionnellement touchés par l’épidémie actuelle, mais sont laissés pour compte lorsqu’il s’agit d’accéder à des outils médicaux innovants. Historiquement, ils sont souvent exclus de la recherche clinique ou n’y sont inclus qu’après des délais considérables, ce qui crée des lacunes préoccupantes en termes de connaissances scientifiques et limite leur accès à des interventions susceptibles de sauver des vies. 

Vue depuis le bureau medical du CTE de Kitatumba, le personnel médical, composé d’experts pluriels de MSF et du ministère de la Santé, travaille ensemble pour apporter prise en charge coordonnée. Butembo, RDC, août 2026 ©Lucie Ringué/MSF
Vue depuis le bureau medical du CTE de Kitatumba, le personnel médical, composé d’experts pluriels de MSF et du ministère de la Santé, travaille ensemble pour apporter prise en charge coordonnée. Butembo, RDC, août 2026 ©Lucie Ringué/MSF

« Les traitements, les vaccins et autres outils de prévention concernant Bundibugyo devraient être évalués dès le début des travaux de recherche en vue de leur utilisation chez les enfants, puis leur être rendus accessibles sans délai. Dans l’épidémie actuelle, les enfants continuent d’être laissés pour compte : leur accès aux essais et aux campagnes de vaccination, ainsi qu’aux dernières innovations thérapeutiques, reste très limité alors même qu’ils supportent une part importante du fardeau de la maladie. On ne peut pas continuer à attendre que des données soient générées chez les adultes avant de faire bénéficier aux enfants de progrès dans la prise en charge et la prévention d’Ebola », déclare le Dr Guyguy Manangama, épidémiologiste et directeur adjoint des opérations de MSF.

« En plus d‘immenses difficultés liées à la prise en charge des jeunes patients, les structures médicales doivent composer avec l’absence de recommandations précises concernant les posologies pédiatriques et la disponibilité limitée de formulations adaptées aux enfants pour les médicaments expérimentaux. Une approche centrée sur l’enfant doit être au cœur des soins médicaux, de la planification opérationnelle et des efforts de recherche. » 

MSF appelle les autorités nationales, les instituts de recherche, les entreprises pharmaceutiques et les bailleurs de fonds internationaux à faire de l’inclusion des enfants une priorité dans toutes les études en cours et à venir sur le virus Bundibugyo.  

Bien que des efforts aient été déployés pour réduire les conséquences psychologiques de l’isolement chez les enfants, notamment grâce à la création de cloisons vitrées permettant aux parents de voir leurs enfants hospitalisés et de communiquer avec eux, l’admission dans un Centre de Traitement Ebola demeure une expérience profondément éprouvante pour les jeunes patients. Certains sont trop jeunes pour comprendre ce qui leur arrive ou pour répondre eux-mêmes à leurs besoins les plus élémentaires.  

Pour aider à répondre à cette situation, MSF a recruté et formé des accompagnants dédiés aux enfants, chargés de leur apporter quotidiennement soutien et réconfort dans plusieurs CTE, en portant des équipements de protection individuelle (EPI) complets. Parmi ces accompagnants figurent notamment des personnes ayant survécu à Ebola. Aujourd’hui, 13 accompagnants soutiennent les enfants au Centre de Traitement Ebola de Kitatumba, à Butembo. Bien qu’elle soit loin de constituer une solution parfaite, cette initiative apporte un contact humain et un soutien émotionnel essentiels aux enfants confrontés à l’épidémie. 

Marlique est une survivante de la maladie à virus Ebola, âgée de 21 ans. Elle est mère de deux enfants et est originaire de Butembo. Elle a été admise dans un centre de traitement Ebola à la mi-mai 2026 avant d'être testée positive puis de sortir guérie un mois après. En tant que survivante, elle est immunisée. Butembo, RDC, août 2026 ©Lucie Ringué/MSF
Marlique est une survivante de la maladie à virus Ebola, âgée de 21 ans. Elle est mère de deux enfants et est originaire de Butembo. Elle a été admise dans un centre de traitement Ebola à la mi-mai 2026 avant d'être testée positive puis de sortir guérie un mois après. En tant que survivante, elle est immunisée. À la demande du responsable du centre de traitement Ebola, elle est revenue le 18 août afin de s'occuper d'un nourrisson âgé de sept jours et demi, dans l'attente de son résultat de dépistage. Sa mère, admise comme cas suspect d'Ebola, était décédée peu après son admission. L'enfant n'avait pas été accueilli par sa famille, qui préférait attendre la confirmation d'un test négatif avant d'en assumer la garde. Butembo, RDC, août 2026 ©Lucie Ringué/MSF

Les conséquences de l’épidémie sur les enfants ne se limitent pas à l’infection par le virus Ebola. Les perturbations des services de santé essentiels peuvent rapidement accroître les risques liés à la malnutrition, à d’autres maladies infantiles courantes et aux maladies évitables par la vaccination. Le maintien de la vaccination de routine, des programmes de nutrition et de l’accès aux soins de santé primaires doit donc être considéré comme une composante essentielle de la riposte à l’épidémie, et non comme une préoccupation secondaire. 

Le renforcement des mesures de prévention et de contrôle des infections (PCI) dans les structures de santé, la garantie de la disponibilité des équipements de protection individuelle et le renforcement de la formation du personnel soignant dans les centres de santé ne prenant pas en charge Ebola, dans les zones à risque, sont tout aussi essentiels. Ces mesures permettent de maintenir les services de santé indispensables tout en prévenant les transmissions associées aux soins.