RDC : face à l’épidémie d’Ebola, les autres urgences sanitaires ne doivent pas être négligées dans l’est du pays
Alors que la réponse à l’épidémie de maladie d’Ebola mobilise d’importants moyens en République démocratique du Congo (RDC), Médecins Sans Frontières (MSF) alerte sur la nécessité de maintenir les soins et les financements consacrés aux autres crises sanitaires dans l’est du pays pour éviter une aggravation de la situation humanitaire. Entre autres, choléra, rougeole, paludisme, violences liées au conflit continuent de menacer des milliers de personnes au Nord et au Sud-Kivu.
Depuis la déclaration de l’épidémie d’Ebola, l’attention médiatique et les ressources se concentrent largement sur cette urgence. Si cette mobilisation est indispensable pour contenir l’épidémie, elle ne doit pas se faire au détriment des autres besoins sanitaires et humanitaires qui persistent dans le Nord et le Sud-Kivu.
Cette épidémie survient dans un contexte déjà marqué par des crises sanitaires et humanitaires multiples. Les communautés vivent déjà sous la pression des conflits armés. Les affrontements répétés provoquent des déplacements de population, interrompent les campagnes de vaccination, limitent l’accès à l’eau potable et rendent les soins de santé plus difficiles d’accès.
À cette situation déjà fragile s’ajoute désormais la peur liée à la maladie Ebola. Généralement, la crainte d’être exposé au virus Ebola-Bundibugyo dissuader certains patients de fréquenter les structures de santé dans les provinces déjà en épidémie. Cette peur pourrait conduire à des retards de prise en charge ou des décès, y compris pour des maladies courantes, aggravant ainsi des situations pourtant évitables et fragilisant davantage l’accès aux soins primaires.
« Ebola est une urgence majeure, mais ce n’est pas la seule. Chaque jour, nous recevons aussi des patients atteints de diverses maladies, des personnes blessées par les combats ou des survivantes de violences sexuelles. Pour ces communautés, toutes ces urgences coexistent et nécessitent une réponse simultanée. Lorsque les soins de santé de base sont interrompus, davantage de personnes risquent de mourir de maladies évitables. Il est indispensable de préserver la continuité des soins pour soigner toutes les autres pathologies, y compris pour l’accès aux soins primaires », explique Joshua Eckley, Chef de programmes MSF au Sud-Kivu.
Dans l’ombre de la maladie d’Ebola, la rougeole et le choléra se propagent à l’est du pays
Alors que la maladie à virus Ebola concentre l’attention, d’autres épidémies se propagent dans l’est du pays. Selon les données officielles, plus de 108 643 cas suspects de rougeole avec 1 394 décès ont été notifiés sur l’ensemble du pays de janvier au 19 juillet 2026. Près de la moitié de ces cas soit plus de 50 820 sont concentrés au Nord et au Sud-Kivu. Parallèlement, le pays a déjà enregistré plus de 35 464 cas suspects de choléra et plus de 1 051 décès. 14 819 de ces notifications se trouvent concentrés dans les deux provinces.
MSF est mobilisé dans la lutte contre la rougeole au Nord et au Sud-Kivu. Les équipes ont pu réaliser six interventions des réponses à des épidémies de rougeole. Les dernières en date ont lieu à Shabunda au Sud-Kivu et à Walikale au Nord-Kivu. L’ensemble de ces interventions ont permis de traiter déjà plus de 12 050 patients et vacciner plus de 283 150 enfants.
En parallèle, les équipes font face à une recrudescence préoccupante du choléra. À Bukavu et Shabunda au Sud-Kivu, MSF poursuit la prise en charge des patients après une flambée de cas enregistrés l’année passée dans la province. À Goma, les équipes étaient également mobilisées contre une flambée de choléra entre mai et début aout 2026. Au total, plus 2 410 personnes atteintes du choléra ont déjà été soignées dans les structures soutenues par MSF.
« Pour les familles que nous soignons, il n’existe pas de hiérarchie entre les crises. Qu’un enfant meure de la rougeole ou du paludisme, qu’une personne succombe au choléra ou à la maladie d’Ebola, chaque vie compte », déclare docteur Yvan Mbangi, coordinateur médical adjoint de MSF à Goma.
Au-delà de sa réponse aux épidémies d’Ebola, de rougeole et de choléra, MSF continue d’assurer des soins essentiels à Masisi, Mweso, Walikale, Bambo, Kibirizi, Kirotshe, Goma et Rutshuru dans le Nord-Kivu et à Minova, Bunyakiri et Uvira dans le Sud-Kivu. Mais face à la persistance des besoins, cette mobilisation reste largement insuffisante. Ces crises nécessitent un engagement beaucoup plus important des autorités sanitaires et des acteurs humanitaires pour garantir l’accès aux soins des populations les plus vulnérables.
Ne pas reléguer les autres crises au second plan
Alors que les besoins humanitaires ne cessent d’augmenter, les financements disponibles, eux, diminuent. Le Nord-Kivu pourrait notamment être exclu du prochain cycle triennal de financement du Fonds mondial consacré à la lutte contre le paludisme.
Pourtant, le paludisme demeure la première cause de morbidité en RDC, y compris au Nord-Kivu. Les déplacements de population provoqués par les combats contraignent de nombreuses familles à trouver refuge dans les forêts ou dans des zones isolées, où l’exposition aux moustiques est plus importante et où l’accès aux soins est particulièrement limité.
« Nous risquons de voir diminuer les moyens consacrés à la maladie qui tue pourtant le plus dans cette région. Ce serait un paradoxe dramatique : mobiliser des ressources considérables contre une épidémie tout en affaiblissant la réponse à une maladie qui continue de provoquer chaque jour un nombre bien plus élevé de décès », alerte Dr Mbangi.
Des années de conflit, de déplacements massifs de population et d’insécurité chronique ainsi que la baisse drastique des financements de l’aide humanitaires ont profondément fragilisé le système de santé au Nord et au Sud-Kivu. De nombreux centres de santé et hôpitaux fonctionnent avec des capacités réduites faute de personnel, de médicaments ou d’équipements, tandis que d’autres ont dû suspendre leurs activités en raison des violences. Dans plusieurs zones, des centaines de milliers de personnes demeurent privées d’un accès régulier aux soins.
« Alors que les besoins médico-humanitaires continuent de croître dans l’est de la RDC, nous appelons les autorités, les bailleurs de fonds et l’ensemble des acteurs humanitaires à maintenir et à renforcer leurs investissements dans toutes les réponses aux nombreux et différents besoins des populations. Il est vital que toutes les urgences soient traitées simultanément », conclut Joshua Eckley.